Capacité de prise en charge des maladies cardiovasculaires par les formations sanitaires du niveau périphérique dans les districts de santé de Bafia et de la Mifi.

Paule Sandra SIME DJOMO (sandrasime@yahoo.fr)
Médecine interne et Cardiologie, Université de Yaoundé 1
June, 2016
 

Abstract

Background : Les maladies cardiovasculaires (MCV) occupent le premier rang en termes de mortalité par maladies chroniques non transmissibles (MCNT), surtout dans les pays à faibles et moyens revenus où on retrouve 82% de tous les décès par MCV. Dans cette optique, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a émis des recommandations devant être implémentées aux différents niveaux de la pyramide sanitaire, et plus encore au niveau opérationnel, lieu de premier recours aux soins des populations.

Objectifs : L’objectif de l’étude était d’évaluer la capacité des formations sanitaires (FOSA) du niveau périphérique à prendre en charge les MCV au Cameroun.

Méthodes : Nous avons mené une étude transversale analytique sur la période s’étendant de décembre 2015 à février 2016, soit 3 mois correspondant à la durée de la collecte des données. Étaient inclus dans l’étude toute FOSA du niveau périphérique des districts de santé de Bafia et de la Mifi, et tout personnel de santé des dites FOSA acceptant de participer à l’enquête. A l’aide de trois instruments, les données ont été collectées : les statistiques hospitalières ont été enregistrées à partir des registres de consultation et des fiches de suivi mensuelles ; les ressources humaines et matérielles, ainsi que les soins offerts par la FOSA ont été recherchés par interview du chef de la FOSA ou son représentant, à l’aide d’une fiche d’enquête calquée sur le questionnaire SARA de l’OMS ; enfin, les connaissances générales du personnel de santé ont été évaluées à l’aide d’un questionnaire auto-administré par tous les professionnels de la santé responsables des consultations et des soins aux patients.

Résultats : Quarante-cinq FOSA ont été incluses dans l’étude, dont deux HD, 14 CMA et 29 CSI. L’hypertension artérielle représentait 2,5% et le diabète 1,2% de toutes les consultations externes réalisées dans les FOSA des deux DS. L’HTA se hissait à la première place dans le groupe des MCV investiguées, comptant pour 61%. Tracts et affiches étaient les outils d’éducation sanitaire spécifiques aux MCV retrouvés, et présents dans 20% des FOSA. Sphygmomanomètre (91,1%), stéthoscope (95,6%), pèse-personne (95,6%), mètre ruban (97,8%) étaient très représentés ; la toise l’était beaucoup moins (62,2%). Le médicament de prise en charge des MCV le plus disponible était le furosémide. Des 20 médicaments essentiels cardiovasculaires recherchés, nous avons retrouvé une disponibilité globale de 18,5%, les FOSA ayant en moyenne 2,4 (± 2,6) médicaments dans les CSI, 6,4 (± 5,8) médicaments dans les CMA et 4,5 (± 0,7) médicaments pour les HD, avec une différence statistiquement significative (p=0,011). Les médicaments antihypertenseurs de première intension coutaient 15 FCFA pour l’hydrochlorothiazide et 29 FCFA pour l’amlodipine, le comprimé. La prise en charge mensuelle d’un patient hypertendu non compliqué intégrant consultation et bilans de suivi, avec un traitement à base d’hydrochlorothiazide ou d’amlodipine coutait respectivement 4692 FCFA et 5982 FCFA, soit 3,881 et 4,948 jours de salaire pour un salaire correspondant au SMIC. Seulement 16,4% des professionnels de santé interrogés avaient une bonne connaissance des MCV et 7,7% une bonne maîtrise de la prise en charge. Seulement 4% du personnel de santé avaient une bonne connaissance des antihypertenseurs de première intension, la majorité utilisant le furosémide comme médicament de choix. Les connaissances du personnel paramédical étaient moins bonnes que celles des médecins. Par ailleurs subsistait également l’âge jeune comme facteur associé à une mauvaise connaissance des MCV.

Conclusion : Nous pouvons ainsi conclure que les FOSA du niveau opérationnel ont une faible capacité à prendre en charge les MCV dans les DS de Bafia et de la Mifi. En effet, la prévalence hospitalière des MCV est faible, les ressources matérielles sont inadéquates, les connaissances du personnel sont insuffisantes et les soins sont peu accessibles pour une prise en charge de qualité des MCV. Beaucoup reste à faire pour l’optimisation des capacités périphériques de prise en charge adéquate des MCV, et la réduction du poids attribuable à celles-ci en santé publique.


********************************************************************************************