Séroconversion de l'antigène HBs chez des hémodialysés suivis à l'Hôpital Général de Yaoundé

Hermann Nkodo Fouda (nkfouda@gmail.com)
Médecine interne, Université de Yaoundé I
June, 2013
 

Abstract

Introduction
L’hépatite virale B est une infection fréquente en hémodialyse qui fait l’objet de nombreuses préoccupations à travers le monde. Les transfusions sanguines répétées, les accès vasculaires multiples, la transmission patient à patient, et la défaillance immunitaire induite par l’état urémique font des hémodialysés chroniques une population particulièrement susceptible de contracter les infections virales notamment l’hépatite B. Comparativement aux pays développés, la prévalence de l’infection au virus de l’hépatite B chez les hémodialysés est plus élevée dans les pays en voie de développement et est comprise entre 2 et 20% en fonction de l’endémicité locale. Les mesures strictes de contrôle de l’infection, le dépistage des donneurs de sang, ainsi que l’utilisation de l’érythropoïétine sont au cœur de la prévention de la transmission nosocomiale. Au Cameroun, la transfusion sanguine reste le principal moyen de correction de l’anémie chez les hémodialysés. En plus de cela, la surpopulation des centres de dialyse et le manque de personnel infirmier rend difficile d’une part l’isolation des patients infectés, et d’autre part le respect des règles d’hygiène dans les services d’hémodialyse. C’est pour ces raisons, que nous sommes intéressés à étudier la séroconversion de l’AgHBs dans une population d’hémodialysés chroniques camerounais et particulièrement à l’HGY vu la forte fréquentation de ce centre.
Objectif : Le but de cette étude était d’évaluer le taux de séroconversion de l’AgHBs. Spécifiquement, nous devions décrire les caractéristiques démographiques et cliniques de la population, déterminer le taux de séroconversion et rechercher les facteurs associés à cette séroconversion.

Patients et Méthodes
Il s’agissait d’une étude de cohorte rétrospective conduite de Décembre 2012 à Avril 2013 à l’Hôpital Général de Yaoundé. Dans ce centre, il n’y avait pas de réutilisation des filtres ni de stratégies d’isolation des patients. Les patients se dialysaient deux à trois fois par semaine avec des dialysats au bicarbonate. Tous les patients séronégatifs à l’AgHBs à l’admission en dialyse et régulièrement dialysés dans le centre depuis au moins trois mois était sélectionnés. Pour chaque patient inclus on recueillait sur une fiche pré établie et testée : l’âge, la durée en dialyse, la néphropathie de base, la dialyse dans multiples centres, l’histoire de transfusion sanguine, la quantité de sang reçue, l’origine du sang reçu, l’activité sexuelle, et d’éventuelles scarifications. Nous avons prélevé 5ml de sang chez chaque patient pour la recherche de l’AgHBs dont l’analyse était faite au laboratoire de référence du Centre Pasteur du Cameroun. La détection de l’AgHBs sur les échantillons a été faite par un test ELISA de troisième génération : le MurexHBsAg Confirmatory version 3(Abott). L’analyse des données était faite à partir d’Epi info 3.5.3. La comparaison des proportions s’est faite à partir du chi carré à 4 tables et les médianes des groupes comparées à partir du test de Mann-Whitney. L’analyse multivariée a été faite par le test de régression logistique. Les tests étaient considérés significatifs pour une valeur p < 0,05.

Résultats
Au total 82 hémodialysés chroniques ont été inclus dans notre travail. L’âge médian était de 43 ans (intervalle 37-57 ans) et le sexe ratio de 1,48 en faveur des hommes. Le ratio patient infirmier était de 4. Quand on s’intéresse aux causes de néphropathies en distinguant celles pour lesquelles un diagnostic précis était connu : les glomérulonéphrites chroniques (30,5%), l’hypertension artérielle (18,30%) et le diabète (15,85%) étaient les plus représentés. La durée médiane en dialyse était de 38,5 mois (intervalle 22-61 mois). Les antécédents transfusionnels étaient présents chez 89% des participants et, de ces transfusés, 43,8% avaient reçu du sang ne provenant pas de l’HGY. La couverture vaccinale était de 13,40%. Treize cas de séroconversion ont été décelés dans le centre correspondant à un taux de 15,9%. Le groupe de participants ayant eu une séroconversion était plus jeune (p= 0,10), avait une exposition à la dialyse plus longue (p= 0,22) et avait reçu plus de sang pour la transfusion (p= 0,18).

Conclusion
Il ressort de nos résultats que le taux de séroconversion de l’AgHBs à l’HGY était de 15,9%. Bien que les différences observées ne soient pas statistiquement significatives, le groupe de participants ayant eu une séroconversion était plus jeune, avait une exposition à la dialyse plus longue et avait reçu plus de sang pour la transfusion. En plus de ces facteurs, le non respect des règles d’hygiène pourrait expliquer ce taux élevé de séroconversion. Nous recommandons de mettre un accent sur l’implémentation des précautions universelles en vue d’une amélioration certaine.


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