Santé bucco-dentaire et grossesse: compétences des professionnels de la santé prénatale dans trois hôpitaux de Yaoundé

Emmanuel DJIAFOUA YONTA (emmanueldjiafouayonta@yahoo.fr)
Medecine bucco-dentaire, Université de Yaoundé 1
June, 2016
 

Abstract

Introduction : L’organisation mondiale de la santé(OMS) définit la Santé bucco-dentaire comme l’absence de douleur buccale ou faciale, de tumeur buccale ou pharyngée, d’infection ou de lésion buccale, de parodontopathie, de déchaussement, de perte de dents et d’autres maladies et troubles qui limitent la capacité de mordre, de mâcher, de sourire et de parler d'une personne , et donc son bien-être psychosocial. La grossesse et la santé bucco-dentaire sont liées par des rapports complexes d’ordre biologiques, comportementaux et sociaux. En effet, une mauvaise santé bucco-dentaire expose à un certain nombre de risques parmi lesquels les issues défavorables de la grossesse. Ces complications obstétricales sont responsables d’une morbidité et d’une mortalité importantes. Dans le but de réduire ces complications, les systèmes de santé ont opté pour la surveillance et la promotion de la santé bucco-dentaire des gestantes. La Santé orale est aujourd’hui reconnue par l’OMS comme un élément important dans le suivi de la grossesse. Cependant, les systèmes de Santé bucco-dentaire des pays font face à la sous-sensibilisation qui l’empêche de jouer pleinement son rôle. Les raisons de cette sous-sensibilisation sont le plus souvent l’ignorance de la relation existante entre la Santé bucco-dentaire et la grossesse(SBG), conséquence d’une formation insuffisante des Professionnels de Santé chargés du suivi de la grossesse. C’est pourquoi nous avons mené une étude des Compétences : Connaissances, Attitudes et Pratiques(CAP) en vue de contribuer à l’amélioration de la sensibilisation des gestantes et du suivi de la grossesse à travers l’identification des besoins éducationnels des professionnels de la santé prénatale(PSP).
Méthodologie : Il s’agissait d’une étude transversale type CAP qui s’est déroulée à l’Hôpital Central de Yaoundé, au Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé et à l’Hôpital de District de Biyem-assi. Les hôpitaux ont été choisis de manière à ce que chaque niveau de la pyramide sanitaire soit représenté. Etait inclus dans notre étude tout PS exerçant dans l’une des structures choisies et intervenant dans le suivi de la femme enceinte. L’enquête s’est faite à l’aide d’un questionnaire auto-administrable pré-testé. Pour les variables paramétriques, nous avons mesuré les tendances centrales par les moyennes et les variations par l’écart-type. Nous avons utilisé le test de chi carré pour mesurer la dépendance entre les variables.
Résultats : Un total de 169 PSP dont 79 infirmiers, 34 Résidents/Internes, 21 Sages-femmes, 20 Gynécologue-obstétriciens et 15 « autres Médecins » a été enrôlé dans l’étude. Le sexe ratio homme/femme était de 1/2,7.
Vingt-deux PSP (13%) prescrivaient aux gestantes un bilan bucco-dentaire. La maladie parodontale(MP) représentait un facteur de risque d’accouchement prématuré(AP) et de retard de croissance intra-utérine(RCIU) pour 53,3% et 27,8% des praticiens respectivement. L’existence du lien entre la santé bucco-dentaire et la grossesse était connue par 79,9% des PSP. Une confusion a été notée en ce qui concerne la période la plus propice pour la réalisation des soins bucco-dentaires.
Le score de connaissances de 140 PSP (82,8%) de notre échantillon était faible et 51 /169 présentaient un niveau de connaissance très faible. Les « autres Médecins » présentaient le score moyen de connaissance (7,4/20) le plus élevé, suivis par les Gynécologues (6,8 /20). Il n’existait pas une différence statistiquement significative entre le niveau de connaissances des PSP et le grade (valeur-p = 0,275) d’une part, entre les PSP exerçant dans les structures différentes ou de sexe différent d’autre part.
Des 169 PSP, 80,5% ont reconnu la nécessité d’un bilan oral en début de grossesse, cette activité doit être obligatoire pour 30,8% et 61,5% sensibilisaient leurs patientes à la consultation bucco-dentaire(CBD). Le taux d’inspection endo-buccale lors des consultations prénatales pour rechercher la nécessité d’une CBD était de 55,6 % (n=94). L’ « absence d'outil de décision » (26,7%) et le « manque de temps » (17,8%) étaient les principales raisons du non inspection.
Conclusion : Les CAP des participants en SBG étaient insuffisantes. Le score moyen de connaissance était de 6,0/16. La nécessité d’une formation continue des PS dans le domaine de la SBG et une meilleure organisation du système de santé bucco-dentaire semblent être les points importants selon cette étude.


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