Evaluation de l'anxiété des patients en consultation d'odontostomatologie dans trois hopitaux de la ville de Yaoundé

Maria Teresa Kelem à Bidias
psychologie, Université de Yaoundé 1
June, 2016
 

Abstract

Introduction
Malgré les progrès réalisés en odontostomatologie, l’anxiété face aux soins bucco-dentaires reste répandue chez les patients et constitue un obstacle aux soins bucco-dentaires. Elle a des conséquences importantes sur la santé du patient et également sur le déroulement des soins. De nombreux auteurs l’ont étudiée dans les pays Occidentaux et d’Asie mais peu de recherches ont été faites sur l’anxiété relative aux soins bucco-dentaires en Afrique et au Cameroun.
Notre étude visait à évaluer l’anxiété relative aux soins bucco-dentaires chez les adultes et chez les enfants.
Méthodologie
Il s’agit d’une étude transversale et descriptive de Janvier 2016 à mars 2016. Elle s’est déroulée dans les services d’odontostomatologie du Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé, de l’Hôpital Central de Yaoundé et de l’Hôpital de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise de Djoungolo. Etaient inclus dans l’étude, les patients qui venaient pour consultation ou soin, ayant au moins cinq ans. Les patients avec des antécédents psychiatriques étaient exclus. Pour chaque patient nous relevions les données-socio-démographiques, les antécédents, le niveau d’anxiété et les facteurs anxiogènes en cabinet dentaire. Pour déterminer le niveau d’anxiété nous avons utilisé l’échelle de Corah modifiée chez les adultes, chez les enfants nous avons utilisé l’échelle de l’anxiété adaptée aux enfants avec des visages. Les données ont été saisies dans le logiciel CS-Pro 6.2 et l’analyse a été réalisée avec le logiciel SPSS 20.0. La comparaison des moyennes était faite grâce au test de Student.
Résultats
Nous avons inclus 230 adultes et 140 enfants dont les âges moyens étaient respectivement 34±14 ans et 11±2 ans avec des extrêmes de 5 et 83 ans. La prévalence de l’anxiété était de 59,56% chez les adultes et de 52,14% chez les enfants. Chez les adultes, les femmes étaient les plus anxieuses avec un score moyen respectif de 13±5 (valeur-P<0,001). Chez les enfants, le sexe masculin avait le même niveau d’anxiété que le sexe féminin (scores respectifs : 18±7 et 18±6). Les tranches d’âge les plus anxieuses étaient celles de 21 à 30 ans chez les adultes et de 7 à 8 ans chez les enfants (scores respectifs: 13±4 et 21±7). Le niveau d’anxiété diminuait avec un âge croissant, aussi bien chez les enfants (valeur-P<0,001) que chez les adultes (valeur-P = 0,001). Les patients avec un faible niveau d’instruction étaient les plus anxieux (scores moyens respectifs adultes et enfants : 18±4 et 26±7,8 ; valeur-P respectives : 0,003 et < 0,001). Les étudiants et les sans-emplois constituaient les groupes socio-économiques les plus anxieux chez les adultes (respectivement 13±4 et 3±5 ; valeur-P : 0,0052); le statut socio-économique des parents n’influençait pas le niveau d’anxiété des enfants (valeur-P : 0,130). Les patients vivant en milieu rural étaient plus anxieux que ceux du milieu urbain (adultes: 12±4>11±5, enfants: 19±4>18±7). Les nouveaux consultants étaient plus anxieux que les anciens consultants (scores moyen adultes :13±4, score moyen enfants :19±5). Les adultes ayant vécu des expériences négatives étaient plus anxieux que ceux qui n’en avaient pas vécu (13±4 ; valeur-P : 0,005). Les actes thérapeutiques les plus anxiogènes dans nos deux échantillons étaient la chirurgie buccale, l’injection d’anesthésie, les soins conservateurs et l’avulsion dentaire avec respectivement 86,49%, 84,32%, 83,51% et 76,22%. De même, La « vue et le bruit des instruments », les « cris des patients perçus en salle d’attente » étaient les stimuli d’odontostomatologie les plus anxiogènes avec respectivement 67,52 %, 58,03% et 46,76 %.
Conclusion
L’anxiété relative aux soins bucco-dentaires est fréquente chez les patients consultant en odontostomatologie. Elle est influencée par les facteurs socio-démographiques notamment le sexe féminin et le jeune âge. Mais aussi par le vécu du patient de par les expériences négatives et l’environnement au cabinet dentaire.


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