CONNAISSANCES, ATTITUDES ET PRATIQUES DES MEDECINS BUCCO-DENTAIRES VIS-A-VIS DE LA PRESCRIPTION D’ANTIBIOTIQUES EN ODONTOSTOMATOLOGIE

Laurel ENDALE ESUNGOU (laurelendale@gmail.com)
CHIRURGIE MAXILLO-FACIALE, YAOUNDE I
June, 2016
 

Abstract

Introduction : La prescription d’antibiotiques est courante dans la pratique de
l’odontostomatologue. Celle-ci a pour but de contrôler et traiter les infections bucco-dentaires. L’antibiothérapie peut comporter des
risques, notamment la sélection de nouvelles bactéries résistantes aux antibiotiques. Ainsi, la prescription d’antibiotiques doit être adéquate et appropriée. Des médecins bucco-dentaires formés et informés en matière d’antibiothérapie seraient des modèles de prescripteurs.
Objectifs : Notre étude avait pour objectif de déterminer le niveau de
compétences des médecins bucco-dentaires des villes de Yaoundé et Douala vis-à-vis de la prescription d’antibiotiques en dontostomatologie. De manière spécifique il s’agissait de questionner leurs connaissances sur la prescription d’antibiotiques (i), de déterminer leurs attitudes vis-à-vis de cette prescription (ii) et de décrire leurs pratiques de prescription (iii).
Méthodologie : Une enquête transversale a été menée du 03 février au 30 mars 2016 auprès des médecins bucco-dentaires des villes de Douala et Yaoundé. L’outil de collecte de données était un questionnaire de 50 éléments auto-administré in situ. Les données ont été analysées par le logiciel SPSS version 20.
Résultats : L’enquête a porté sur 55 cabinets dentaires des villes de Douala et Yaoundé, pour un échantillon de 61 médecins bucco-dentaires. Trente-quatre participants (55,7%) choisissaient l’amoxicilline comme molécule à prescrire en première intention en cas d’infection bucco-dentaire courante. En cas d’allergie aux pénicillines, la spiramycine était la molécule de choix pour trente un dentistes (50,8%). Pour quarante-deux (68,9%) dentistes, l’amoxicilline était la molécule
de choix lors d’une antibioprophylaxie. La durée minimale d’une antibiothérapie curative était de 7 jours pour 41% (n= 25). Vingt-deux
enquêtés (36,1%) auraient prescrit l’antibiotique deux jours avant l’acte en cas d’antibiothérapie prophylactique. Neuf médecins bucco-dentaires (14,8%) ont déclaré qu’ils pourraient prescrire un antibiotique pour une candidose, trois (4,9%) pour un herpès buccal, six (9,8%) pour un aphte et huit (13,1%) pour une stomatite virale. Quarante-huit participants (78,7%) affirmaient que leurs prescriptions d’antibiotiques pourraient favoriser la sélection de nouvelles souches
bactériennes résistantes aux antibiotiques.
Le type de stérilisation aurait pu influencer la prescription d’antibiotiques chez 41% (n=25) des praticiens. Vingt-neuf dentistes (47,5%) pensaient que la prescription d’antibiotiques pourrait pallier à un défaut d’asepsie. Chez 9,8% des participants (n=6), le désir du patient de consommer les antibiotiques aurait influencé la décision de prescription d’antibiotiques. Un pourcentage de 32,8 (n=20) avait la conviction que l’antibiotique a un rôle dans la diminution de la douleur. En ce qui concerne l’extraction dentaire, Sept (11,5%) répondants pensaient que l’antibiotique joue un rôle dans la cicatrisation après une extraction dentaire non chirurgicale. Cinquante-trois participants (86,9%) se disaient qu’il est nécessaire d’élaborer un guide
thérapeutique camerounais. Trente-six participants (59%) auraient prescrit l’antibiotique systématiquement après extraction dentaire, quinze d’entre eux (41,7%) pensaient que l’antibiotique aurait un rôle dans le phénomène de cicatrisation. Pour ceux qui n’auraient pas prescrit systématiquement, un certain nombre de critères entraient en jeu : l’état général du patient pour vingt-trois (92,0%), l’état infectieux de la dent pour vingt-et-un (84%), l’hygiène bucco-dentaire pour seize (64%) et le type d’extraction pour vingt-et-un (84%).
Concernant l’état général, 28% des participants ne prescrivant pas systématiquement après extraction dentaire (n=7) auraient prescrit l’antibiotique chez les patients hypertendus. Dix-neuf répondants
(31,1%) auraient prescrit systématiquement au cours d’un traitement endodontique ; parmi eux trois (15,8%) affirmaient que l’objectif est de diminuer la douleur. Six participants (9,8%) n’auraient pas prescrit d’antibiotiques en prophylaxie pour un traitement parodontal.
Conclusion : Nos résultats suggèrent un besoin urgent d’améliorer les compétences des odontostomatologues en matière de connaissances sur la prescription d’antibiotiques (i), d’attitudes vis-à-vis de cette
prescription (ii) et de pratiques de prescription (iii) en odontostomatologie.


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