Stress chez les médecins bucco-dentaires au Cameroun:facteurs associés et stratégies d'adaptation

Adeline Anielle Abede (a2lyne21@yahoo.fr)
Psychologie, Université de Yaoundé 1
June, 2016
 

Abstract

INTRODUCTION
Le stress peut se définir comme un état qui survient lorsqu‟un individu est confronté à
une demande qui dépasse ses capacités, réelles ou perçues, d‟y répondre avec succès, ce qui
entraîne une perturbation de son équilibre physiologique et psychologique.
Les médecins bucco-dentaires, comme d‟autres professionnels de la santé, sont
exposés à différents types de problèmes de santé au travail parmi lesquels des problèmes
spécifiques à leur profession. Au Cameroun, cette profession se situe dans un contexte
particulier de précarité associé à une affluence de patients, pouvant produire sur le praticien
une pression considérable ; jusqu‟à ce jour aucune étude sur le stress professionnel des
médecins bucco-dentaires au Cameroun n‟a encore été réalisée.
L‟objectif principal de ce travail était de déterminer les facteurs associés au stress chez
les médecins bucco-dentaires exerçant au Cameroun, ainsi que les stratégies d‟adaptation
utilisées par eux pour faire face à ce stress.
METHODOLOGIE
Il s‟agissait d‟une étude descriptive transversale et multicentrique faite pendant une durée de six mois sur une population de 80 médecins buccodentaires ayant consenti à
participer à notre étude. Notre échantillonnage était consécutif non exhaustif et s‟est effectué
dans les hôpitaux publics et privés munis d‟un service d‟odontostomatologie ainsi que les
cabinets dentaires privés des villes de Yaoundé et Douala. Les données étaient récupérées sur
des fiches techniques que les participants remplissaient eux-mêmes au cours d‟entretiens brefs. Les variables étudiées étaient : le sexe, l‟âge, le nombre d‟années de pratique, le secteur d‟activité, le poste occupé, la ville d‟exercice, la prévalence du stress professionnel (obtenue grâce au JCQ), les facteurs cités comme stressants par les praticiens, les symptômes ressentis par les praticiens, les stratégies d‟adaptation adoptées par les praticiens, les solutions proposées par les praticiens pour réduire leur stress professionnel.
RESULTATS
Notre échantillon comportait 80 médecins bucco-dentaires. Le sexe féminin représentait 61,2% (n=49) et le sexe masculin 38,8% (n=31). On retrouvait majoritairement les praticiens âgés de 30 à 34 ans (18,7%) avec un nombre d‟années de pratique compris entre
0 et 4 ans (36,2%), exerçant plus en équipe (88,7%) et dans le secteur privé (77,5%). Ils
étaient pour 48,7% d‟entre eux des médecins assistants. La ville de Yaoundé regroupait le
plus de praticiens (61,2%). Nous avons retrouvé une prévalence de stress professionnel de 33,8%. Les facteurs de
stress les plus incriminés étaient les patients non coopératifs (68%) et la salle d‟attente pleine
(66%). Les symptômes les plus ressentis étaient l‟asthénie (79%) et l‟irritabilité (64%). La majorité des praticiens s‟adaptaient au stress en cherchant des solutions selon leurs
possibilités (88%). Les praticiens proposaient comme solutions pour réduire leur stress des
meilleures conditions de travail et une amélioration de leurs aptitudes personnelles.
Les praticiens stressés avaient majoritairement les caractéristiques suivantes : moins de 40 ans d‟âge (96,3%), moins de 10 ans de pratique (85,2%) et le poste de médecin assistant (88,9%). La présence de stress était liée aux facteurs dépenses diverses (p=0,032) et pression des supérieurs hiérarchiques (p=0,002) ; elle était aussi liée aux symptômes troubles vasculaires et respiratoires (p=0,048) et perte de confiance en soi (p=0,026). Les praticiens du secteur public se plaignaient de matériel insuffisant (p=0,001), de l'affectation dans un hôpital sans cabinet dentaire (p=0,013), de l‟environnement de travail risqué (p=0,000), de la concurrence entre collègues (p=0,045), des douleurs chroniques (p=0,046) ainsi que des troubles auditifs (p=0,007).
CONCLUSION
Le stress existait effectivement chez les médecins bucco-dentaires exerçant au
Cameroun. Sa prévalence dans notre échantillon était inférieure à celle retrouvée dans d‟autres études. Le stress était plus fréquent chez le praticien jeune avec une carrière professionnelle de moins de 10 ans. Il était lié à des facteurs objectivés et pouvait avoir des répercussions sur la santé du praticien.


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